Pauline Schneeberger met en lumière les invisibles

Quand on observe l’ensemble des travaux de Pauline Schneeberger, sa sensibilité face aux sujets de société saute aux yeux.
Qu’il s’agisse de sa série sur les sans-abris, ou celle dédiée aux personnes en situation de polyhandicap, Pauline aborde ces sujets avec tendresse et pudeur, forçant ainsi le spectateur à se questionner.
Ici, nous parlons avec elle de l’engagement social dans l’art, du rapport entre ses activités de photographe et d’éducatrice spécialisée, et de d’autres choses encore…

Salut Pauline, peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?

Photographe franco-suisse, mais pas que. Je me définirais également comme (photographe) plasticienne, car je ne me cantonne pas forcément à la photographie pure. J’aime jouer des différents outils que notre société actuelle met à disposition.
Je réside actuellement en Suisse après avoir passée quatre ans France à étudier la photographie.

« La photographie est entrée dans ma vie à l’âge de six ans […] »

A.L.I.A.S ©Pauline Schneeberger

Comment as-tu commencé à prendre des photos ?

La photographie est entrée dans ma vie à l’âge de six ans grâce au superbe appareil photo pour enfant que mes parents m’avaient offert. Mon père, photographe amateur et passionné, cultiva notre passion commune en me montrant comment utiliser son Canon argentique. Plus tard j’en deviendrai l’heureuse propriétaire.

« […] je suis également éducatrice spécialisée et j’avais envie de réunir ces deux mondes. »

« T’es handicapé(e) toi ?! » ©Pauline Schneeberger

Tu es éducatrice spécialisée dans le domaine du polyhandicap, tu as d’ailleurs fait une très belle série sur ce thème, “T’es handicapé(e) toi ?!”. C’est un thème rarement abordé. Comment t’es venu l’idée de cette série, et est-ce que le handicap est un thème que tu souhaiterais de nouveau aborder dans de futurs travaux ?

Comme tu l’as dit je suis également éducatrice spécialisée et j’avais envie de réunir ces deux mondes.
La série « T’es handicapé(e) toi ?! » prend racine dans le travail que j’effectue au sein de l’Espace Perce-Neige Fleurier, en Suisse.
Au cours des onze années passées auprès de ces personnes en situation de polyhandicap, j’ai appris à les connaître, à les aimer véritablement. Ces personnes m’ont énormément appris sur le monde, la vie, l’échange, moi-même.

©Pauline Schneeberger

« […] ma nature altruiste et contestataire intensifie le propos social de mes sujets. »

Je voulais travailler sur le lien qui nous attache, les moments d’échanges simples et purs, vrais et complices. Ces instants avec eux où je me sens moi, complètement, exister jusqu’au bout des ongles.
J’aimerais pouvoir continuer cette série car je n’ai photographié qu’une minorité des personnes résidantes à l’Espace Perce-Neige.

Tu as aussi fait une série, que j’aime beaucoup, “Invisibles”, dans laquelle tu photographies les abris de fortunes de personnes sans domicile. Penses-tu que l’art se doit d’être engagé socialement ?

Je ne dirais pas que l’art doit être engagé socialement, mais pour ma part il est important d’avoir un propos/un sujet à transmettre, à revendiquer, à explorer…

« Les sujets que j’aimerais aborder […] répondent tous à un même critère : Une volonté d’aller vers l’autre, l’inconnu. « 

« Invisibles » ©Pauline Schneeberger

J’utilise la photographie comme un mode de communication, et ma nature altruiste et contestataire intensifie le propos social de mes sujets.
A mon sens l’art doit être tout public et non élitiste. Il doit pouvoir faire vibrer le néophyte comme le professionnel, le quidam ainsi que l’illustre. D’une certaine manière, la photographie me permet d’établir des ponts entre des mondes qui ne croiseraient peut-être jamais.

Il y a des sujets de société en particulier que tu souhaiterais photographier dans de futurs séries ?

Les sujets que j’aimerais aborder prochainement sont divers, mais ils répondent tous à un même critère : Une volonté d’aller vers l’autre, l’inconnu.
En précisant un peu plus ce serait parler des tabous, pour en sortir…

« Je pense que tout artiste va puiser en lui pour donner aux autres. »

©Pauline Schneeberger

Tu te mets souvent en scène dans ton travail. Qu’est-ce que le fait de t’intégrer physiquement à ton oeuvre ajoute à ton processus créatif ?

Le fait de me mettre en scène dans mes projets est, je pense, dû au fait que les sujets dont je parle me touchent, m’interpellent.
Je pense que tout artiste va puiser en lui pour donner aux autres. De mon point de vue tout projet est subjectif car il commence par un questionnement intérieur pour tenter de trouver une réponse.

A.L.I.A.S ©Pauline Schneeberger

« […] à l’instar d’un scientifique derrière son microscope, mon appareil photographique est mon outil pour tenter de comprendre le monde. »

Je cherche en moi, pour ensuite aller chercher au- delà de moi, envers les autres, sans qu’il n’y ait forcément de réponse unique et véritable. Cela me permet également de me remettre perpétuellement en question, d’évoluer.

« T’es handicapé(e) toi ?! » ©Pauline Schneeberger

Quelles sont les choses qui t’inspirent ?

Il y a énormément de choses qui m’inspirent, mais bien souvent, comme je l’ai dit plus tôt, les sujets tabous me titillent plus que les autres. L’injustice est également un point fort dans le choix de mes sujets.

« […] j’aimerais pouvoir ouvrir mon projet « Invisibles » à d’autre villes françaises […] et également au niveau européen… »

Mais tout pourrait être source d’inspiration, je suis très curieuse et à l’instar d’un scientifique derrière son microscope, mon appareil photographique est mon outil pour tenter de comprendre le monde.

« Invisibles » ©Pauline Schneeberger

As-tu des projets pour 2019 dont tu peux nous parler ?

En 2019, j’aimerais pouvoir ouvrir mon projet « Invisibles » à d’autre villes françaises que Toulouse et également au niveau européen… voilà tout ce que je peux dévoiler…

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