Nature et Sensualité, par Lena Jasmine

La photographie argentique a ce pouvoir unique de créer une ambiance par son grain, sa manière de traduire la lumière…
La photographe Britannique Lena Jasmine profite de ce qu’offre la pellicule pour sublimer les paysages, les corps qu’elle photographie avec goût et sensibilité.
Nous lui posé des questions sur son rapport à la nature, son amour pour l’argentique, l’influence des réseaux sociaux, et d’autres choses encore…

Bonjour Lena, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis une photographe britannique. Je suis à moitié galloise, à moitié russe et j’ai grandi sur une île appelée Anglesey dans le nord du Pays de Galles, où je vis maintenant.

©Lena Jasmine

Comment as-tu commencé la photographie ?

Je me souviens avoir pris des photos avec un vieil appareil Nikkormat quand j’avais 14 ans. Je n’avais aucune idée de comment l’utiliser et j’ai fini par prendre des tonnes de photos avec le réglage Bulb. Au mieux, quelques clichés sont sortis, ressemblant à des peintures abstraites.

« Maintenant, je ne peux pas imaginer ma vie sans la photographie. »

J’ai eu quelques appareils photo au fil des années et j’ai toujours aimé la photographie, mais je n’en suis vraiment tombée amoureuse que lorsque je suis rentrée au Pays de Galles il y a quelques années.

Lors d’un été, j’avais fait plus de pellicules que depuis des années et avant même de m’en rendre compte, je prenais des photos presque tous les jours. J’ai commencé un nouveau compte Instagram de photographie en 2016 et la passion ne cesse de grandir. Maintenant, je ne peux pas imaginer ma vie sans la photographie.

©Lena Jasmine

Qu’il y ait des corps ou non, toutes tes images dégagent une sensualité, une intimité. Comment as-tu réussi à créer une identité visuelle, quel a été le chemin ?

Merci, c’est un beau compliment. C’est arrivé de façon très organique. Quand je suis revenue au Pays de Galles, j’ai commencé à filmer plus régulièrement et à prendre des photos de ce que j’aimais. Ces choses se sont avérées être des choses assez sensuelles et terreuses – corps, fleurs, nature, animaux.

©Lena Jasmine

Toutes ces choses me font me sentir  » chez moi  » et sont si importantes pour moi que j’ai naturellement envie de les immortaliser sur film. J’ai commencé à réaliser que ce que j’aimais capturer était les archétypes forts – masculin, féminin, mer, cheval.

« Il est facile d’oublier qu’il faut du temps pour faire un travail qui est important pour vous. »

Je pense que plus vous prenez de photos, plus vous découvrez ce que vous aimez et comment traduire ce sentiment dans une photo. Il est facile d’oublier qu’il faut du temps pour faire un travail qui est important pour vous. Je photographie régulièrement depuis environ deux ans maintenant et j’ai toujours l’impression d’apprendre et de découvrir ce que je veux créer et pourquoi.

« Pour moi, la pellicule est beaucoup plus organique et plus complète. »

©Lena Jasmine

Tu travailles sur film. Qu’est-ce que cela apporte à ta pratique ?

Tout ce que je photographie, c’est sur film, alors je ne pense pas que je ferais de la photographie si ce n’était de l’argentique. J’avais un appareil photo numérique il y a quelques années, mais j’ai pratiquement arrêté de prendre des photos quand je l’avais. C’est juste que je n’aimais pas l’utiliser.

Pour moi, la pellicule est beaucoup plus organique et plus complète. J’adore le processus et son histoire et le fait que vous avez affaire à quelque chose de tangible. Je ne peux pas vraiment le décrire, je sais juste que cela semble mieux.

©Lena Jasmine

Tu prends beaucoup de photos de nature. Qu’y trouves-tu de plus que dans les zones urbaines ?

Je me sens chez moi dans la nature, plus moi-même. Je ne peux m’empêcher de prendre mon appareil photo et de shooter. En ville, je ne me sens pas comme chez moi et je peux me promener pendant des heures sans prendre une photo.

« […] si j’avais grandi dans une ville au lieu de la campagne, les choses seraient différentes. « 

Je n’y vois pas les choses qui me font ressentir ce que je ressens quand je suis dans la nature. C’est ancien, archaïque, plein de bonnes choses. Dire que beaucoup de mes photographes préférés réalisent de superbes photos en milieu urbain et peut-être que si j’avais grandi dans une ville au lieu de la campagne, les choses seraient différentes.

©Lena Jasmine

Tes images sont très cinématographiques. T’inspires-tu d’autres formes d’art que la photographie ?

Je te remercie. Je me demande souvent si d’autres formes d’art que j’aime inspirent mon travail, même si c’est inconsciemment. J’adore le cinéma, surtout les films de Bresson, Tarkovsky, Bergman et Malick. Leurs travaux sont vraiment inspirants.

J’apprends aussi de plus en plus sur la peinture et j’ai récemment acheté un livre sur les maîtres. Botticelli, Titien, Giotto, leur travail est magnifique. J’ai toujours aimé William Blake, (mon pseudo Instagram provient d’une citation de Blake). Son travail résonne vraiment en moi.

©Lena Jasmine

« Si je pouvais créer une photographie qui a un reflet de l’esprit que l’on retrouve dans un tableau de William Blake, ce serait vraiment quelque chose de spécial. »

J’aime à penser que mes photos sont en quelque sorte inspirées par tous ces grands artistes. Mais peut-être plus que tout, ils m’inspirent simplement à continuer de créer et d’essayer de faire quelque chose qui a de l’intégrité et de l’esprit comme le font leurs œuvres.

Si je pouvais créer une photographie qui a un reflet de l’esprit que l’on retrouve dans un tableau de William Blake, ce serait vraiment quelque chose de spécial.

« […] mes autoportraits m’aident à mieux comprendre la forme féminine […] »

©Lena Jasmine

Tu prends aussi des autoportraits. Est-ce que le fait de te mettre en scène a un impact sur la façon dont tu photographies les autres ?

Je suppose que mes autoportraits m’aident à mieux comprendre la forme féminine et comment la photographier d’une manière honnête et belle. J’ai beaucoup appris sur la photographie à travers mes autoportraits.

Avoir le temps et l’espace à la maison pour expérimenter quand je me photographie, ce que je n’ai pas toujours avec un modèle, m’aide à apprendre comment obtenir les résultats que je veux.

©Lena Jasmine

Tu commences à avoir beaucoup de gens qui te suivent sur Instagram. Les réseaux sociaux exigent une production de contenu soutenue, tandis que le film impose un rythme beaucoup plus lent et réfléchi. Cette dynamique contradictoire a-t-elle affecté la façon dont tu prends des photos ?

Je ne pense pas que le film soit nécessairement plus lent et plus réflectif. L’argentique signifie qu’au lieu de rentrer à la maison avec un millier d’images d’un shooting, je rentre chez moi avec une centaine. Ainsi, le nombre de fois que je sors et que je prends des photos ne change pas, juste le nombre d’images que j’ai à la fin.

De cette façon, la communauté Instagram n’affecte pas vraiment ma façon de prendre des photos en tant que telle, mais cela me motive à continuer à créer et à m’efforcer d’obtenir le travail que je veux.

Je pense que c’est en partie la raison pour laquelle j’aime la communauté analogique qui s’y trouve – des gens qui s’inspirent et s’encouragent mutuellement pour créer et apprendre les uns des autres.

©Lena Jasmine

As-tu des projets en préparation ?

Oui! Un de mes amis a récemment créé un laboratoire argentique et un studio d’impression au Royaume-Uni. Ils font de très beaux tirages et scans et je collabore avec eux sur plusieurs projets passionnants. Je participe également à un projet argentique en noir et blanc ce mois-ci qui sera cool car je ne travaille normalement pas en noir et blanc.

Enfin, au moment où j’écris ces lignes, je me prépare aussi pour le tournage d’un court métrage avec quelques acteurs à Liverpool. Je suis très excitée et reconnaissante pour toutes ces merveilleuses opportunités.

Visitez le site web de Lena pour plus d’informations sur son travail et Southsun Film Lab & Print Studio pour le développement argentique, l’impression et tout ce qui est analogique.
Vous pouvez également la suivre sur Instagram.