La rue vue par Julien Catella

Julien Catella a capturé les rues de Cuba, New-York, Detroit, et surtout de Montréal, où il a vécu sept ans. Son style coloré et frontal rappelle les grands noms de la photographie de rue.
Il nous parle de sa passion pour la photographie, donnant de précieux conseils sur la manière d’aborder les passants et d’affirmer son identité visuelle.

Bonjour Julien, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour ! Je suis photographe de rue, formateur et conférencier. Je viens d’avoir 30 ans. Je suis de retour à Lyon après 7 ans de vie au Canada. C’est un drôle de feeling ! J’ai hâte de découvrir la ville et ses changements. C’est l’opportunité de jeter un nouveau regard sur mon environnement.

« […] la société ne nous pousse pas toujours à réaliser nos rêves d’enfant. »

Montréal ©Julien Catella

Comment ta passion pour la photographie a t-elle commencé ?

Je me rappelle que plus jeune, je voulais devenir photographe et voyager à travers le monde. Je pense que le magazine National Geographic a joué un rôle clé dans cette vision. Malheureusement, la société ne nous pousse pas toujours à réaliser nos rêves d’enfant. À l’époque, j’ai choisi de privilégier la sécurité et étudier en ingénierie.

« […] la photographie de rue était devenue une obsession, une recherche permanente, un style de vie. »

J’ai travaillé pendant 5 ans dans le domaine de l’énergie. C’est à l’obtention de mon diplôme que j’ai décidé de tout arrêter, de quitter mon emploi et de partir en voyage. L’aventure va durer 2 ans et me conduire jusqu’aux montagnes de l’Alaska. J’avais pour seule compagnie un appareil photo. C’est grâce à lui que j’ai renoué avec la passion de mes débuts. En 2013, j’ai décidé de reprendre mes études en photographie et de donner une nouvelle chance à ce talent révélé.

©Julien Catella

Comment as-tu commencé à t’intéresser à la photographie de rue ?

J’ai toujours été inspiré par le travail des photographes de rue. Je pense par exemple à Robert Doisneau ou encore Henri-Cartier Bresson. Après mes études, je me suis lié d’amitié avec Jonathan Bernier, un excellent photographe. On se ressemblait beaucoup dans nos différences. Comme on n’avait pas beaucoup d’argent pour voyager, on passait notre temps à explorer Montréal. La caméra ne nous quittait jamais ! Il faudra un été pour faire face à l’évidence, la photographie de rue était devenue une obsession, une recherche permanente, un style de vie.

« La photographie me permet de poser un nouveau regard sur mon quotidien. »

Montréal ©Julien Catella

Quels sujets attirent ton attention ?

Le banal, la modernité, la routine, les espaces vides. J’aime analyser la relation que les gens entretiennent avec leur environnement. La photographie me permet de poser un nouveau regard sur mon quotidien.

« Après tout, nos images parlent de nous. »

Tu as vécu plusieurs années au Canada. Est-ce que le fait de changer de pays a influé sur ta manière de photographier ?

Bien sûr ! Après tout, nos images parlent de nous. Elles sont le reflet de nos croyances et de notre vision des choses. De façon générale, je trouve que le caractère original et novateur de l’art en Amérique du Nord contraste avec la sophistication européenne. La transgression des règles établies ouvre de nouveaux horizons créatifs. C’est sans aucun doute les photographes américains qui m’influencent le plus. Je pense au travail d’Alex Webb par exemple qui a donné un nouveau virage à ma photographie.

Detroit ©Julien Catella

Les jeunes photographes ont souvent du mal à aller vers les gens. Lorsque tu fais des portraits posés de passants, comment les abordes-tu ?

De la façon la plus sympathique possible ! J’utilise beaucoup de techniques psychologiques issues de la vente et de la communication. Je dirais que la première chose est de clarifier l’intention derrière le geste photographique. Il faut aussi gagner habilement sa légitimité aux yeux du passant. J’utilise préférablement des mots positifs et des questions ouvertes.Au lieu de dire « Pardon de vous déranger Monsieur ! Est-ce que je peux prendre une photo de vous ? », je recommande de dire « Bonjour Monsieur ! Je trouve que vous avez un chapeau très original. Je suis photographe de rue et je m’intéresse aux chapeaux. Accepteriez-vous que je vous offre un portrait ? ».

« Je pense [que la beauté] est tout autour de nous, c’est une question de perspective. »

Dans la deuxième approche, on porte l’attention sur un détail. On explique pourquoi on veut faire la photo et on se donne le titre de photographe. L’emphase n’est plus sur le dérangement (Pardon de vous déranger) ou la dépossession (prendre une photo), mais sur l’acceptation implicite (Accepteriez-vous) et la création artistique (offre un portrait). C’est un simple exemple ! Il existe beaucoup d’autres techniques d’approche que je partage dans mes formations.

Portugal ©Julien Catella

Que souhaites-tu transmettre à travers tes images ?

Dostoïevski disait dans un de ses romans que « c’est la beauté qui sauvera le monde ». La beauté dont il parlait, c’est celle du geste humain qui donne un sens à notre existence. Je suis à la recherche de cette beauté ! Je pense qu’elle est tout autour de nous, c’est une question de perspective. Mon objectif en tant que photographe est de révéler la beauté dans l’ordinaire.

« Je recommande de s’imprégner des grands maitres de la photographie et de la peinture. »

Quelles sont tes inspirations ?

Les photographes de l’agence Magnum sont une référence de qualité pour moi. En particulier Alex Webb et David Alan Harvey. Je peux également citer deux livres qui m’ont fortement inspiré : « Errance » de Raymond Depardon et « La chambre claire » de Roland Barthes. Je recommande ces lectures à quelqu’un qui souhaite aller plus loin dans sa réflexion et son approche de la photographie.

©Julien Catella

Quels conseils donnerais-tu pour prendre de bonnes photos de rue ?

Je recommande de s’imprégner des grands maitres de la photographie et de la peinture.

Il est essentiel de définir ses goûts en matière d’art pour élaborer une signature visuelle mature. Je préconise ensuite de pratiquer le plus possible pour rendre inconsciente la technique photographique. Henri Cartier-Bresson disait : « Vos 10 000 premières photos seront les pires ». Et finalement, je dirais qu’il est indispensable de toujours avoir sa caméra à proximité. Les plus belles photos peuvent surgir au coin de la rue.

©Julien Catella

As-tu des projets en cours dont tu peux nous parler ?

Je travaille présentement sur l’ébauche d’un nouveau projet que je souhaite réaliser conjointement avec mon bon ami Vincent Prayal. Nous souhaitons parler du rêve américain, ce qu’il en reste aujourd’hui et ses nouvelles évocations en Chine. En effet, le géant qui sommeille est désormais bien réveillé et il semble mieux incarner le rêve américain que les États-Unis eux-même.

Sa fulgurante croissance économique offre statistiquement plus d’opportunités aux pauvres pour améliorer leurs conditions de vie. Ce serait un projet documentaire, une vision croisée sur deux pays en pleine tension politique.

Découvrez le travail de Julien sur son site, et suivez-le sur son Instagram